CesbcPresses

Indicateur éditeur  979-10-90372

Centre d'études stratégiques du bassin du Congo = ISSN  2493-5387

 

 
 

Chercheur en Histoire et Anthropologie socio-culturelle des Amériques noires

 arcdoree@gmail.com

 

 


 

Pour une histoire du reggae : le véhicule du rastafarisme

 


 

Résumé 

Malgré l’abolition de l’esclavage en Jamaïque en 1834, les blancs et les noirs continué à vivre séparément longtemps après, les noirs dans des conditions misérables, dans un environnement de pauvreté et de violence. Les ingérences internationales, les injustices et la répartition inégale des richesses constitueront des ingrédients puissants d’une rage sociale des Afro-jamaïcains au milieu du XIX siècle. Les déplacements forcés des paysans jamaïcains entre 1943 et 1970 vont exacerber la tension sociale  et accélérer les mouvement de révolte des masses populaires noires et pauvres de la Jamaïque. La plupart des adeptes du mouvement populaire né à la suite du couronnement de l’empereur Sélassié en  1930, feront paraitre le négus ou le rastafari éthiopien comme étant le messie devant briser les chaines des afro-jamaïcains. De là, naitra un mouvement religieux dit le rastafarisme. Celui-ci se nourrit des enseignements de Marcus Garvey, Walter Rodney et des traditions du Kumina et du Holy Piby de l’Église orthodoxe d’Ethiopie pour  utiliser une musique dite «  reggae . Le reggae devient un moyen de communication privilégié à travers une thématique de contestation et de recherche d’un « alter monde » et d'une nouvelle terre pour la liberté nommée « Zion » appellation de l’Ethiopie et de l’Afrique, la terre idéale pour reconquérir la liberté.

 

Mots clés : Jamaïque, Hailé Sélassié, Garvey, Kumina, Nyabinghi, Rastafarisme, Reggae

 


 

Abstract

 

Despite the abolition of slavery in Jamaica in 1834, whites and blacks lived apart, blacks in deplorable conditions in a soil of poverty and violence. The history of Jamaica made of injustice, international influences and unequal distribution of wealth will constitute a powerful reason for a social vendetta of the Afro-Jamaican population in the mid-nineteenth century. The forces displacement of Jamaican farmers between 1943 and 1970 will exacerbate a social tension and will provide a cruising speed to the movement of the poor Afro-Jamaican in the island of Jamaica. The vast majority of the followers of the popular movement born after the coronation of Emperor Haile Selassie in 1930 will consider the Ethiopian “Negus” as the messiah who will break the chains of Afro-Jamaican. From there, will be born a religion called “Rastafarism”, nourished by the teachings of Marcus Garvey, Walter Rodney and the tradition of Kumina; using a so called music “Reggae” as a mean of communication through protest songs and looking for an “Alter world” and a new land for freedom that is “Zion», the name of Ethiopia and Africa, the ideal land to regain freedom.

 

Keys words: Jamaica, Haile Sélassie, Garvey, Kumina, Nyabinghi, Rastafari, Reggae

 


 

Sommaire

 

Introduction

I. Aperçus historique de la Jamaïque et contexte de la naissance du rastafarisme et du reggae

II. Les principaux ingrédients de la formation du rastafarisme et de son véhicule : le reggae

1.

Les enseignements de Marcus Garvey et Walter Rodney.

2.

L’empereur Haile Selassie 1er, « Ras Tafari Makonnen ».

3.

La tradition du Kumina et du Nyabinghi dans la formation du mouvement rastafari et du reggae

III. De la naissance et de la croissance du reggae

IV. Conclusion

Bibliographie

 

Introduction

 

Le continent africain a connu une multitude de tragédies qui ont laissé des empreintes indélébiles sur la mémoire du continent et ont également été les principaux facteurs de la spirale du sous-développement dans laquelle elle se trouve plongée.(1) Après les inventions techniques du paléolithique, le grand commerce de l’or dans l’empire du Ghana, les organisations politiques et économiques africaines de l’antiquité qui a emmené le voyageur Ibn Batuta à louer la sécurité et la justice qu’on trouvait dans l’empire du Mali au XIVe siècle, de Leo Frobenius qui déclarait pour les habitants du royaume Kongo qu’ils étaient civilisés jusqu’à la moelle des os. L’Afrique a commencé à décliner du fait de son contact avec l’exterieur.

 

La traite arabeaenlevé à l’Afrique des millions de ses fils qui ont été castrés avant leur insertion dans les marchés d’esclaves du Moyen Orient.(2) La découverte du nouveau monde au XVe siècle par les Européens causera une autre tragédie en Afrique en la dépouillant de ses millions d’hommes valides pour être déportés vers les Amériques, 40 % des captifs sont morts au cours de leurs transports à marche forcée vers la cote. Autres 40 % sont morts le long du voyage à travers l’océan dans les cales où ils étaient entassés comme du bétail.

 

Dans les champs, les esclaves étaient astreints à creuser au moins cent trous par jour pour planter la canne pour la production du sucre pour les aristocraties du nord de l’Europe. Ils se faisaient fouetter s’ils n’y arrivaient pas, jusqu’à 300 coups de chicottes. Entre temps la famille Anglaise Barclays qui possédait des plantations en Jamaïque a accumulé des capitaux qui leur ont permis de monter la Barclays Bank, l’une des premières banques transnationales du XXe siècle. Le Baron Ernest Antoine Seillière de La borde, un des propriétaires de la banque NMSD, qui fait partie du conglomérat ABN-AMRO, la première banque des Pays Bas et l’une des vingt premières banques du monde, est un bénéficiaire des actifs de succession de Jean Joseph de Laborde, propriétaire d’esclaves africains à Saint Domingue.

 

L’abolition de l’esclavage au XIXe siècle n’avait pas mis fin à la damnation du peuple noir, l’exploitation et la domination vont simplement prendre de nouvelles dimensions, les colonisateurs Européens vont présenter un continent sauvage, torride avec des mœurs de vie grégaire qu’il faut civiliser. De Maurice Briault qui définit le noir comme un enfant qui reste tel jusque sous les cheveux blancs à Lucien Levy Bruhl qui parlera des noirs sauvages avec une mentalité d’enfant que d’adulte.

 

Le sommet de cette négation de l’homme noir sera atteint avec l’exposition d’une femme africaine « Saartjie Baartman « la Vénus hottentote » » dans une cage en tant que personnage de zoo humain ou bête de foire à Piccadilly (Londres) en 1810. Mais la bataille d’Adowa de 1896 au cours de laquelle une armée Africaine va faire capituler une force militaire européenne, au cœur de la région du tigré, au nord de l’Éthiopie ; ainsi que le catéchisme de Marcus Garvey qui déclarait « pendant 300 ans, l’homme blanc a été notre oppresseur, il ne nous accordera pas de bon gré, la vraie liberté …. Nous devons nous libérer nous-mêmes »va démontrer l’inanité des théories raciales et faire germer dans les milieux ruraux de l’ile de la Jamaïque « terre d’esclavage », le premier mouvement altermondialiste qui est le « Rastafarisme » qui va utiliser une musique appelée « Reggae », instrument de communication,  qui fera vibrer une rage sociale, résultat d’un traumatisme profond pour aller en croisade contre l’injustice universelle, contre l’oppression et le racisme. Afin d’annoncer la sortie du peuple noir de l’enfer des Amériques « Babylone » vers  l’Afrique, le pays de Jah (Dieu), et véhiculé des pensées rebelle contre la Justification  de l’infériorité raciale via la pseudo science qui engendra les  théories d’Arthur Jensen (1923-2012) qui a travailler sur l’hérédité de l’intelligence et sur les différences de quotient intellectuel moyen entre blancs et noirs, selon lesquelles, les noirs seraient génétiquement inférieur aux blancs, ce qui a fait des noirs esclaves des blancs.

 

Les rasta vont ainsi obéir à l’ordre de leur prophète Marcus Garvey « lève-toi race puissante, accomplis ce que tu désires ». Mais comment des anciens esclaves et paysans jamaïcains, ont eu à fonder une dynamique contestataire et mystique le plus populaire du XXe siècle, avec l’aide des traditions Africaines, les évangiles et enseignements divers pour dénoncer la domination injuste des blancs sur les noirs à travers une musique dite Reggae ? À travers la réponse à cette question nous allons proposer une approche historique du Reggae et de son véhicule qu’est le rastafarisme.

  

I. Aperçus historique de la Jamaïque et contexte de la naissance du

    rastafarisme et du reggae

 

 Les indiens tainos et arawak, sont les peuples autochtones de l’ile de la Jamaïque. Ils appelaient cette dernière « Xaymaca », une expression qui se traduit par les mots « Terre du bois et de l’eau ». Les explorateurs espagnols transformeront la lettre X par J au début du mot pour donner « Jaymaca » et ensuite « Jamaïca ». Christophe Colomb avait accosté sur cette ile le 05 mai 1494 durant son deuxième voyage pour les Amériques, précisément sur la baie qu’il nomme Santa Gloria, aujourd’hui St Anns Bay, où fut bâtit la ville de Sevilla Nueva en 1510 et devint Villa de la Vega en 1534 avec le gouverneur Francisco de Garay et aujourd’hui cette ville est appelée Spanish Town. La colonisation de cette ile de lacaraïbe avait déjà débuté à partir de 1509 avec Juan de Esquivel, compagnon du deuxième voyage de Christophe Colomb.

 

En 1655, les Anglais envahissent l’ile, qui deviendra d’abord un territoire d’Oliver Cromwell (1599-1658), leader politique Anglais qui envoyait des prisonniers capturés lors des batailles avec les Irlandais et les Ecossais. L’Espagne cédera l’ile à l’Angleterre à la suite du traité de Madrid de 1670. La Jamaïque deviendra une colonie d’exploitation avec l’arrivée massive d’esclaves d’Afrique transportés par la Royal African Company qui fera de la colonie de la Jamaïque son centre commercial et son point de transit du bétail humain à destination des colonies anglaises avec la création d’une économie  agricole basée  sur le travail des esclaves pour supporter la révolution industrielle anglaise.

 

 Ces mêmes esclaves feront de la Jamaïque le premier producteur du sucre, produisant 22 % de la production mondiale dans les années 1700. À leur arrivée, les esclaves étaient enregistrés à Spanish Town et c’est en 1872 que Kingston devint la capitale de la colonie à la place de Spanish Town. La dureté du travail engendrera plusieurs fugitifs vers le Cockpit country, au sud-est de Montegobay. Le relief montagneux de l’ile permit aux réfugiés d’échapper aux colons et les chefs de bandes fugitifs sous la conduite de Cudjoe, Accompang et Nanny (une femme) mèneront des raids contre les plantations. Le cockpit country et Moore Town (Blue Mountains) garderont une forte influence Ashanti où on parle encore le Coromantee du groupe Akan dont les principaux représentants sont les Ashantis du Ghana et les Baoulés de la Cote d’ivoire qui constituaient la majorité des esclaves au début de la période anglaise.

 

Les inégalités raciales ont fait naitre plusieurs révoltes des esclaves au XVIIIe siècle, notamment la guerre des Marrons en 1730, la Saint Mary’s Revolt d’avril 1760, la Westmoreland Revolt du 26 mai 1760, la guerre de Tacky (Takyi) de mai à juillet 1760, la seconde guerre des Marrons en 1790, la révolte des esclaves menée par Kofi en 1798, la guerre baptiste ou rébellion de Noël de 1831-32, conduite par un prédicateur baptiste Samuel (Sam) Sharpe, la rébellion de Morant Bay en 1865. Celle de 1831 a contribué à l’abolition de l’esclavage en 1834 dans les colonies britanniques.

 

Malgré l’abolition de l’esclavage les blancs, les noirs vivaient séparés, les noirs dans des conditions déplorables, dans un terreau de pauvreté et de violence. L’histoire de la Jamaïque est une histoire d’injustice, d’influence internationale : distribution inégale des richesses qui constitueront les ingrédients de la rage sociale des Afro jamaïcains du milieu du XIX siècle.

 

Autour des années 1860, des Églises baptistes s’implantent en Jamaïque, c’est le « Grand Renouveau » (Great Revival), une période d’excitation où les chrétiens baptistes combinaient les pratiques africaines notamment celle du Kumina avec le christianisme.(3) Mais les autorités religieuses étaient contre le Kumina, ce qui donna lieu à des pratiques nommées « revivalism ». La période du renouveau « revival » en Jamaïque est un désir de renaissance et d’adoption d’un nouveau mode de vie, « le revival était le triomphe du myalisme » dirait Shirley C. Gordon(4), une révélation de la force de la chrétienté afro-jamaïcaine, débutée dans les montagnes de Westmorland en 1860 et ensuite s’étendit sur les côtes du nord et du sud, atteignant les communes (paroisses) de l’Est en 1861.

 

Le grand renouveau a engendré le développement des religions africaines en Jamaïque notamment le Kumina, Pocomania et le revival Zion. Ce sont des pratiques africaines adaptées au contexte jamaïcain et qui ont apportés la guérison contre le traumatisme du déplacement de la terre ancestrale et la brutalité de la société des plantations. Plusieurs auteurs ont reconnus le rôle du Pocomania et du Kumina dans la construction de l’humanisme afro-jamaïcain, la culture jamaïcaine, notamment Barry Chevannes(5). Le présent article traitera du rôle du Kumina, la religion des Afro jamaïcains d’origine Kongo dans la naissance du Reggae et du Rastafarisme dans le chapitre III-C.

 

Les passages de la Bible sur l’Afrique et l’Éthiopie durant la période qui suivra le renouveau (la première moitié du XIXe siècle) vont attirer l’attention de plusieurs Jamaïcains noirs. Helen Lee(6) explique que les Noirs sont frappés par la Bible, ou l’on raconte l’histoire d’un peuple esclave en Égypte, affranchi grâce à l’intervention divine. Pour eux c’est une révélation, peuple d’anciens esclaves, les futurs rastas vont s’identifiés au peuple d’Israël. Le Symbole d’oppression que représente Babylone dans la bible deviendra une métaphore célèbre en Jamaïque. La conception selon laquelle les Noirs sont la réincarnation des anciens israélites exilés et contraints à l’esclavage va être un aliment puissant. Ils auront la ferme conviction que cette vérité a été détournée par les blancs. Les futurs rastas vont rêver d’un règne avenir de la race noire sur la terre et une punition de la race blanche. Dieu conduira le peuple noir de l’enfer des Amériques vers le paradis « l’Éthiopie ». Le livre biblique de l’exode sera le symbole de la liberté.

 

Il y aura la naissance d’un mouvement des masses populaires noires et pauvres qui va précéder les mouvements altermondialiste du XXe siècle qui ont repris le slogan « un autre monde est possible » d’où le terme « altermondialiste ». Mouvement populaire né de mouvement contestataire pour s’opposer à la mondialisation économique capitaliste, qui serait celle de la classe bourgeoise, tout en prônant la mondialisation de l’action des peuples ou du prolétariat selon un modèle social et solidaire. En Jamaïque le schéma a été le même où des paysans se sont levés pour réclamer un autre monde (alter monde), un vœu qui sera d’ailleurs repris dans la plupart des chansons des chantres du rastafarisme que sont les rasta et leur musique qu’est le reggae.

 

La grande majorité des adeptes du mouvement populaire qui se fera appelé « rastafarisme » étaient constitués de jeunes de 17 à 35 ans qui vivaient aux environs de Kingston, sans emplois. Le rastafarianisme avait trouvé son terrain d’élection en milieu des jeunes chômeurs, désemparés, sans avenir mais aussi méprisés culturellement par les classes dominantes. Le rastafarisme réunira toute la classe pauvre et délaissée de l’ile de la Jamaïque. L’adhésion aux groupes rasta débuté en 1930 s’accroit dans les années 1950, accompagné d’un appel strident pour le rapatriement en Afrique, un appel exprimé pour protester contre les déplacements massifs de population au sein de la société. C’est la ou les paroles de Peter Tosh dans son album « 400 years (400 ans) » trouvent leurs sens « La durée de l’esclavage a été trop longue, il y a une terre de liberté où on peut vivre une bonne vie et être libre ».

 

De 1943 à 1970 a lieux, le plus grand déplacement de population depuis l’esclavage en Jamaïque(7) lorsque plus de 560 000 Jamaïcains des zones rurales furent arrachés à leur bout de terre. C’est là où il y a un vent en poupe qui va accélérer le moteur de la croissance du mouvement rastafari au sens Foucaldien au cour des années 1950, avec un militantisme pacifique, comme a su le dire le Pape François : « celui qui porte en soi la force de Dieu, son amour et sa justice n’a pas besoin d’user de violence ».

 

 

II. Les principaux ingrédients de la formation du rastafarisme et de son

véhicule : le reggae

 

 

Marcus Garvey est né en Jamaïque en 1887, c’était un musicien qui jouait l’orgue à l’église, passionné de lectures, c’était un orateur de premier plan, fervent défenseur de la suprématie noire. Il apparait après le recul de la colonisation et de l’esclavage, au moment où les millions de Noirs qui avaient subi des traumatismes ont commencé à rechercher leurs identités. Après plusieurs voyages, il fonde l’Universal Négro Improvement Association (UNIA) en 1977, pour la promotion des droits des Noirs en Jamaïque et dans toute l’Amérique au même titre que Martin Luther King.

 

1. Les enseignements de Marcus Garvey et Walter Rodney

 

Marcus Garvey avait près de 250.000 voire 300.000 sympathisants. Dans ses meetings il faisait souvent allusion à l’Ethiopie, un terme qui dans la bible anglo-saxonne (version King James) signifie l’Afrique, il a rattaché la bible à l’Afrique dans le but d’enlever aux Blancs le monopole de l’enseignement religieux et pour donner à ses auditeurs le sentiment d’appartenir à un peuple élu et donc au-dessus de la domination des Blancs. Son journal « The Negro World » prônait un pouvoir noir et un retour des descendants des esclaves noirs vers l’Afrique « le Back To Africa ». Marcus Garvey a inspiré le reggae, il est considéré comme un prophète par le mouvement Rastafari d’où son surnom « Le Moïse Noir ». Ses thèmes et ses paroles ont étés intégrés dans l’idéologie rasta comme des hauts commandements, telle l’affirmation des Noirs par la revendication et la vénération de l’Ethiopie. Marcus Garvey disait : « l’éducation est le moyen par lequel un peuple  se prépare pour la création de sa civilisation propre et aussi l’avancement et la gloire de sa propre race » ; «  il faut lutter jusqu’à ce que la philosophie de la race supérieure  et d’une autre inférieure est finalement et permanemment discréditée et abandonnée…, jusqu’à ce que les régimes ignobles qui retiennent nos frères en Angola au Mozambique et en Afrique du sud soient détruits, et deviennent  en égalité avec toutes les nations, comme ils le sont aux yeux d’en haut (Dieu)Si ce jour  n’arrive pas il n’y aura pas de paix en Afrique… » ; « Il est possible que nous ne vivons pas tous la réalité d’un empire africain si fort, si puissant qu’il imposerait le respect à l’humanité, mais nous pouvons cependant durant notre vie travailler et œuvrer à faire de ce projet une réalité pour une autre génération ».

 

Après Marcus Garvey, Walter Rodney (1942-1980) militant de la cause noire, historien et homme politique de la Guyane, va exercer une influence sur les rastas, il enseignait l’histoire africaine en Jamaïque, il diffusait des idées afro centristes, anticolonialistes et marxistes dans les ghettos de Kingston. Ses débats et échanges avec les adeptes rastafariens lui ont inspiré l’écriture d’un ouvrage très influent(8) qui a fini d’avoir de l’influence jusqu’aux États Unis d’Amériques, en devenant la bible du mouvement Black Power de Stockeley Carmichael dans les années 1960-70 qui luttait contre la ségrégation raciale. Le mouvement de Carmichael fut contemporain du mouvement des droits civiques représentés entre autres par Martin Luther King.

 

2. L’empereur Haile Selassie 1er, « Ras Tafari Makonnen »

 

En 1916, Marcus-Mosiah-Garvey, reprend une prophétie du révérend James Morris Webb(9), annonçant la venue d’un roi noir Africain « cherchez en Afrique le couronnement d’un roi noir, il pourrait être le rédempteur ». Quand le 30 novembre 1930, Hailé Sélassié I, RasTafari Makonnen (Haut responsable, élu de Dieu, grand noble) est couronné empereur d’Ethiopie, le seul état Africain à avoir résisté à la colonisation européenne. Hailé Sélassié descendant du roi Salomon et de David par Ménélik I, fils du roi Salomon et de la reine de Saba, les jamaïcains font allusion à la prophétie de Marcus Garvey et aux paroles suivantes « voici qu’il est vainqueur, le Lion de la tribu de Juda, le rejeton de David », le roi des rois Hailé Sélassié est considéré comme le messie noir montrant à la diaspora des Amériques les voies de la liberté. De plus le « roi des rois, seigneur des seigneurs » (1 Timothée 6 :15) de la bible ressemblait beaucoup aux titres traditionnels millénaires de sa majesté impériale Hailé Sélassié. Les classes pauvres de la Jamaïque qui étaient oppressés vont considérer le « RasTafari » (élu de Dieu) comme la seconde venue du Christ sur terre, qui  va leur sortir de la Jamaïque pour aller vers « Zion » « L’Éthiopie », terre pour la liberté.

 

Hailé Sélassié était considéré comme  le lion de Juda qui devrait briser les chaines des noirs de l’ile de la Jamaïque. Les afro-jamaïcains vont  réinterpréter  la Bible autour de l’idée d’un rédempteur noir qu’est Hailé Sélassié. Le mot rastafarisme, sera un emprunt à un des titres du négus Ethiopien (Ras Tafari). Les rasta sont donc ceux qui considèrent Hailé Sélassié comme leur messie en mélangeant le culte et l’idéologie chrétienne, africaine traditionnelle qui utilise la musique reggae pour véhiculer leurs pensées et leur culte messianique dont le centre est l’empereur Hailé Sélassié, la dernière réincarnation de Dieu sur terre et le prophète principal est Marcus Mosiah-Garvey, dont le second prénom Mosiah, fait référence à Moïse, le prophète libérateur des hébreux. L’ancien Testament, surtout dans sa version amharique qu’est le Holly Piby, l’ouvrages de références des rastas mentionne le mot « Ethiopie » a plus de trente reprises, ce qui permet d’établir un lien biblique avec ce pays synonyme de paradis sur terre, la terre promise et donc le lieu de rapatriement de tous les rastafaris.

 

Leonard Howell « le premier Rasta », Joseph N. Hibbert, Archibald Dunkley et Robert Hinds vont révolutionner la pensée de ceux qui sont désespérés en Jamaïque, en prêchant les dogmes qui se relient à la prophétie de James Morris Webb et Marcus Garvey. C’est Leonard Howell, le véritable fondateur du Mouvement rasta qui proclamera que la prophétie de Marcus Garvey s’était réalisée ; le libérateur que le peuple noir attendait n’était autre que le roi d’Éthiopie, Hailé Sélassié. Le 08 décembre 1930, Archibald Dunkley, commence les prédications sur Hailé Sélassié à port Antonio, le considérant comme le retour du Messie et crée le King of King Ethiopien Mission à Kingston, pendant que Joseph Nathaniel Hilbert, fondera l’Ethiopien Cotice Faith à saint Andrew Parish dans le district de Benna.

 

En août 1934, Howells Leonard distribue près de 5000 portraits d’Hailé Sélassié. En 1937 Mortimer Plano, à l’initiative de Hailé Sélassié, participe à la fondation de la Rastafari Mouvement Association avec l’Ethiopien World Fédération, il sera le leader œcuménique du mouvement rastafari « le patriarche » ; il enseignait les rites et les coutumes du rastafaris me et a contribué à l’éducation spirituelle de Bob Marley l’étoile du reggae et pionnier du port des dreadlocks comme Signe d’appartenance aux rastas.

 

En 1939, Leonard Perceval Howells va puiser dans le marxisme, le christianisme et les croyances ancestrales africaines, en proposant une interprétation afro centriste de la bible. Howells et sa femme Kenneth Bento Howells vont acheter un domaine de 500 hectares, acquis avec le concours de la Ethiopien Salvation Society (ESS) de New York et créera le « Pinacle » une communauté d’agriculteurs éthiopianistes de Sligoville, dans les montagnes près de la paroisse (commune) de Sainte Catherine, à l’Est de la Jamaïque avec près de 4500 adeptes, le 11 janvier 1939. Plusieurs observateurs ont considéré le Pinnacle comme une colonie socialiste avec un fond commun pour se nourrir.

 

Pour Donisha Prendergast petite fille de Bob Marley, « l’idéologie du one love ‘un seul amour’ prôné par Bob Marley et les rasta, a débuté au Pinnacle ». La principale source d’économie au Pinnacle était la culture de la marijuana, Leonard Howell était le monarque absolu. Le Pinnacle était un refuge de paysans pauvres de Kingston. Ils se mettront à l’étude de l’histoire de l’Afrique, ils seront végétariens et leurs couleurs seront ceux du drapeau d’Ethiopie, le vert qui est la végétation, le jaune, l’or ou la richesse de l’Afrique, le rouge qui est le sang des Martyrs noirs. C’est au Pinnacle que commence la gestation de ce qui va devenir la musique dite reggae et c’est le berceau même à proprement parlé du rastafarisme puisque c’est de la que se conçoit le drapeau de ce mouvement.

 

Le fondateur du Pinnacle est d’ailleurs considéré comme étant le premier rasta(10). C’est toujours au Pinnacle que commencent la pratique des dreadlocks et le gout de la marijuana, le Pinnacle sera détruit par la police coloniale qui le considérait comme un sanctuaire pour les criminels en 1954, après avoir saisi huit tonnes de marijuana. Le Pinnacle est la première entreprise industrielle de production de Marijuana au monde.

 

Les premiers rastas s’installèrent alors à Kingston dans le quartier de Back-o-Well, qui a son tour sera rasé le 12 juillet 1966.Plusieurs rasta s’installèrent par la suite dans le ghetto de Trenchtown. La première occupation d’un rasta était la lecture d’un chapitre  de la bible selon l’adage  « un chapitre par jour tient le diable éloigné », ils vont se mettre à la lecture journalière des saintes écritures,  les passages les plus importants sont le deuxième exode à Babylone et la première destruction du temple de Jérusalem qui serait la représentation de leur exil d’Afrique comme esclaves des Babyloniens modernes que furent les colons britanniques. Ils vont faire le vœu de Nazarite  sur la base de l’ancien testament biblique (Nombres 6 : 1-21) afin de boire ni alcool, ne pas se raser (…). Fumer le cannabis est un sacrement qui nettoie la pensée et rapproche près de Dieu (Jah ou Jah rastafari) le Dieu des rastas.

 

Le cannabis appelé « Ganja » « Kongo Tobacco » ou « Kaya » en patois jamaïcain, surtout par Bob Marley dont la parole célèbre « no Kaya, no music »est resté gravée dans les communautés rasta. Le mot Kaya vient du kikongo « lukaya ». Kaya est le radical et ils ont perdu Lukaya et Makaya au niveau formel. Au niveau sémantique Lukaya ne se traduit plus par feuilles mais par herbe, feuilles et herbes appartiennent au même champ lexical. Kaya, la marijuana est une herbe sacrée qui permet à l’âme de s’élever sur la base de Apoc 22,2 « je vous donne toute herbe, cela vous servira de nourriture… il y a un arbre de vie … les feuilles de l’arbre sont pour la guérissons des nations ».

 

L’utilisation du cannabis dans une religion n’est pas inédite, le cannabis a été utilisé dans un contexte religieux et spirituel en Inde depuis l’époque védique (- 1500 ou -200 Av-J-C). Les rasta utilisent le cannabis pour ses propriétés naturelles d’exaltation de la conscience dans leurs rites sacrés. Dans l’Atharva-Veda des hindous le cannabis est sacré(11) et il est associé au culte de Shiva, le cannabis est consommé par les yogis Shivaïtes, il purifie les péchés. Alfred Dunhill(12) a parlé aussi de l’utilisation du chanvre ou culte du Riamba chez les Bashilenge, une composante du peuple Bakongo de l’actuelle province du Kongo central (RDC), anciennement province de Nsundi du royaume Kongo, pour avoir des pouvoirs magiques. L’historienne Jamaïcaine Diane M. Stewa(13) a témoigné avoir assisté à une cérémonie en république démocratique du Congo chez des populations Kongo, l’utilisation de la marijuana pour chasser des mauvais esprits.

 

Dans le chapitre sur le Kumina (Chap. III-C) nous comprendrons la présence des mots de langue kikongo dans le patois jamaïcain et le rôle des descendants kongo de la Jamaïque dans la formation du reggae et du rastafarisme. Dans son album « Kaya » sortie en 1978, Bob Marley et les Wailers ont évoqué les bienfaits de la marijuana « …je veux avoir de l’herbe, je veux de l’herbe, je veux de l’herbe maintenant…je me sens si haut, j’ai même touché le ciel ». Le rastafarisme a donc mis en marche des classes populaires vers la construction d’une identité, les rastafariens estiment que leurs racines sont en Afrique dont ils auraient étéarrachés pour être mis en esclavage dans la Babylone moderne. Ainsi l’accomplissement des écritures impliquerait le retour à la terre promise qu’est l’Ethiopie.

 

En 1959, environ 5000 personnes avaient vendu leurs biens pour le rapatriement en Éthiopie. En effet, en 1948, Hailé Sélassié avait offert une concession territoriale de 500 hectares dans la vallée de Goba à Shashamane (20 km d’Adis-Abeba). En 1961et1965, Sélassié avait reçu plusieurs délégations rasta dans son palais d’Adis-Abeba. Le 21 avril 1966, Hailé Sélassié est reçu à Kingston comme un Dieu vivant où plus de 100.000 personnes l’ont attendu à l’aéroport et durant son séjour il avait remis des médailles en or frappée à l’effigie du lion de Juda à une trentaine d’individus de la communauté rasta. Mais pendant que les rasta avec leur pratique syncrétique et leur musique le reggae admirait Hailé Sélassié et l’Éthiopie, Hailé Sélassié qui était chrétien orthodoxe pratiquant, n’avait pas reconnu les croyances rastafari, il souhaitait convertir les rastafariens au christianisme Tenahedo Ethiopien. L’Église éthiopienne Orthodoxe s’était installée en Jamaïque pour convertir les rastafariens, mais le succès était limité et seules quelques centaines de rastafariens s’étaient installés en Éthiopie(14).

 

3. La tradition du Kumina et du Nyabinghi dans la formation du mouvement rastafari et du

    reggae

 

Il existe plusieurs approches de définition du mot Kumina. On dit, qu’il vient du mot kikongo Kumu, qui veut dire mélodie où encore jouer un instrument musical. Kumina vient pour certains du verbe Kikongo Kamana. Chez Karl Laman(15)  Kamana veut dire « se sentir en Obligation d’agir pour». Selon Fukiau Bunseki Lumanisa cité par Diane M. Stewart(16) du Département des études des Religions de l’Emory University à Atlanta en Géorgie (États-Unis d’Amériques) « Kumina est à la fois une religion et une musique pratiquée par les habitants de l’Est de la Jamaïque, à Saint Thomas et dans la zone de sainte Catherine, Portland, Saint mary et la capital Kingston, des zones où on a conservé les survivances de la langue Kikongo de l’Afrique centrale et que Kumina viendrait du mot kikongo « Sakumuna » qui veut dire bénir ».

 

Par contre, la définition la plus vraisemblable est celle que j’ai récoltée lors des enquêtes de terrain auprès des populations Kongo de Brazzaville et du district de Boko en République du Congo. Plusieurs anciens Kongo m’ont dit que le culte du Kumina a existé au Royaume kongo ; il se pratique toujours de nos jours. Il consiste à faire avaler mystiquement une personne à travers un rituel afin de le protéger contre des sorciers ou des calamités naturelles. C’est un mot qui vient donc du verbe « mina » qui veut dire avaler et Kumina serait l’action d’avaler. Cette définition est également partagée par le linguiste congolais François Lumwamu(17). Cette conception est parallèle aux pratiquants du kumina de la Jamaïque qui cherchaient sans cesse à se protéger de la foudre des maitres d’esclaves. Cette approche vraisemblable est superposable à l’importance que les Kongo accordent aux ancêtres dans leur vécu quotidien et dans leurs croyances spirituelles. Le Père Van Wing qui a étudié la sociologie, la magie et la religion des Kongo explique que les Ancêtres « Bakulu » au pluriel ou « Nkulu » au singulier sont les garants de tous les désirs terrestres du Mukongo à savoir la fécondité, la santé pour lui-même et les siens mais aussi, la longévité, la prospérité dans ses propres entreprises.

 

« Quand les Bakongo sont l’objet d’une injustice, ils demandent à un ‘ nkulu ‘ de rendre justice sur l’auteur du domage.Ce sont les ancêtres qui donnent la force et la santé au malade. Pour ce, plusieurs rituels sont souvent effectués aux cimetières en apportant de la nourriture et du vin de palme afin de s’adresser aux ‘ Bakulu ‘ »(18)

 

Le terme « Sakumuna » pourrait avoir son sens dans le cadre de la bénédiction que l’on reçoit des ancêtres après avoir été avalés et protégés (kumina) par ces derniers. Anand Prahlad(19), spécialiste des cultures africaines de la diaspora africaine des Amériques, à l’université du Missouri, pense que : « Le Kuminaa été introduit en Jamaïque par les descendants des esclaves du Royaume Kongo entre 1840 et 1865 ». L’historienne Monika Schuler(20), Professeur Émérite d’histoire au département d’histoire de la Wayne State University aux États-Unis d’Amérique, a fait des recherches sur l’émigration des Africains vers la Jamaïque ; elle affirme que 8,000 esclaves africains capturés lors des campagnes d’abolition de la traite en provenance de l’Afrique Centrale furent expédiés en Jamaïque à partir de l’ile de Saint Helena et la Sierra Léone entre 1841 et 1865. D’autres furent expédiés directement en Casamance (Sénégal), au Liberia, aux Bahamas et en Guyane Anglaise. Il y a beaucoup de survivances du Kikongo dans ces différents pays(21). D’autres furent recrutés dans l’armée Britannique.

 

Kenneth Bilby de l’institut Smithsonian de Washington (Etats Unis d’Amérique)(22) a établi que le Kumina est une tradition et une religion des Bakongo, introduite à l’est de la Jamaïque après l’abolition de l’esclavage entre 1840 et 1860. Les premières recherches académiques sur le Kumina ont été initiées par l’anthropologue Américaine Zora Neale Hurston en 1930 et ensuite par l’ethnologue britannique Madeline Kerr(23). Mais l’étude la plus avancée est celle de Kenneth Bilby et Fukiau Bunseki Lumanisa qui ont récolté des témoignages oraux, chants et ont établi un glossaire linguistique et ont conclus que le Kumina est un système de pratiques rituels, un culte ancestral pour répondre à une oppression sociale.

 

Le kumina est une expression des idéaux religieux, Pour Diane. M. Stewart(24) c’est « un ensemble de rituels qui gouverne la vie des adhérents» c’est un rituel à travers lequel les ancêtres Africains sont célébrés et apaisés on combine la danse, les chants et les drums avec des mouvements et des cadences spécifiques. Le tam tam est appelé « NGoma », il est central dans le Kumina. Le Kumina consiste aussi à guérir avec des herbes. « Il ya une conscience très forte de l’identité ethnique Kongo, au sein des pratiquants du Kumina ». Dans l’est de la Jamaïque, il est coutume d’entendre des gens clamer leurs origines chez les « Munchunde »(25) (Musundi). Les ancêtres sont appelés « Kongo », « Nkuyu » les défunts « Bavumbi ». Le rituel est influencé par le Kikongo. Les ancêtres sont les messagers de nzambi, ils ont le pouvoir et ils assistent les vivants.

 

Les pratiquants du Kumina sont en communication constante avec les ancêtres à travers des rituels de possession et autres actes de dévotion. La possession est appelé « Myala ». Les chants du Kumina sont classés en deux types « Les Bailo » et les « Country ». Les Bailo sont en créole Jamaïcain et sont les moins sacrés, tandis que les country sont des chants en Kikongo et sont utilisés pour être en communication avec les esprits durant le « Myala ». L’interaction entre le monde visible et invisible, est celui du monde des vivants et celui des ancêtres est capital, à travers la vénération de Zambi ou King Zambi. La nourriture est appeler « Madya » et quand vous êtes prêt à chanter et danser on dit « Mambugumasetta ». On travaille avec les Inquices (Enkises), « les Nkisis ».

 

Dans la culture du Kumina, il y a une mémoire collective, d’indignation sur la capture, l’exil, l’esclavage et l’oppression par les Blancs, la tradition orale du Kumina suggère que la suprématie des blancs envers les Africains est la cause des souffrances des Noirs(26). Les pratiquants du Kumina ont un esprit panafricaniste à travers leur unité. C’est une pratique réellement exprimée et ressentie au sein de la population afro-jamaïcaine. Le kumina est la plus africaine des expressions culturelles de l’ile de la Jamaïque. C’est un héritage incontestable des Kongo, une population qui a également contribué à la formation du créole afro-jamaïcain avec 19% des mots. On peut reconnaitre plusieurs termes kikongo dans ce créole tel que(27) : Dundus (albinos), Poto-poto (la boue), Pinda (arachides). Olive Levin(28) a rapporté une vingtaine de survivances de la langue kikongo dans le créole jamaïcain parmi lesquels : kandal, kento, malavu, mungwa, kuunga, etc. Pour Anand Pralahd(29) « le Kumina a influencé la tradition rastafari depuis son premier leader ». Leonard Percival Howell était d’abord un pratiquant du kumina. Il est devenu par la un prophète du rastafarisme ; il y avait introduit les danses du kumina dans les cérémonies. Le Pinnacle était sous l’ambiance de la musique du kumina, car la majorité des adeptes de Howell était de St Thomas peuplé essentiellement des Kongo. Cette musique kumina se jouait avec deux tam tams à savoir : « le Baandu » et le « Funde ». Les chansons notoires furent : « King Nzambi », « Malembe mbem » et « Nki Balongo »(30).

 

Monika Schuler(31), dans la même optique déclare : « les Bakongo ont constitués le nucléon du mouvement Rastafari qui a émergé vers 1930 à l’est de la Jamaïque, HailéSélassié était appelé King Zambi (du Kikongo Nzambi), Dieu, la plus haute autorité spirituelle ». En Jamaïque « Natty Congo » est un terme désignant un rasta qui porte des dreadlocks. Selon Ras Dennis Jabari(32) « Bongo Natty » est aussi un terme qui sert à décrire un rasta man avec des locks. « Bongo » est un mot qui vient du kikongo « Mbongo ». Dans le dictionnaire kikongo et kituba français de Pierre Swartenbroeck(33), « Mbongo » désigne la prospérité, la famille, la richesse humaine ; c’est un adjectif qui qualifie la richesse, mais aussi l’argent. « Kongo bongo » veut tout simplement dire « la famille ou la nation kongo ». On peut aisément comprendre la prépondérance de cette nation dans la formation du rastafarisme et de son véhicule qu’est le reggae.

 

Dans l’album « Natty Dread » (1974), de Bob Marley désigne un adepte du rastafarisme. À travers cette chanson Bob Marley chante « Dreadlocks Congo Bongo ». Il fait l’éloge de la beauté des locks et des cheveux naturels « Dreadlocks Congo Bongo… a Dreadlocks Congo Bongo ». « Dreadlocks Congo Bongo » sera littéralement traduit comme étant « la coiffure de la nation kongo de la Jamaïque ». Cela est tout à fait vraisemblable car c’est au Pinnacle que cette coiffure fut adoptée par des pratiquants du Kumina.

 

On a souvent pensé que c’est une imitation des papillotes juives ou de la crinière du lion de Juda. Mais pourtant Bob Marley chantait que les locks étaient une coiffure de la nation kongo de Jamaïque « les premiers rasta ». C’est l’historienne, philosophe et artiste musicienne camerounaise, Fongot Kini-Yen Kinni, vice-chancelière en charge de la recherche de l’Université de Bamenda (Cameroun), qui a su lever l’équivoque en rapportant(34) que les rasta avait épouser l’idéologie et la théologie de l’église chrétienne africaine de libération de Kimpa Vita. « Kimpa Vita et les antoniens avait des dreadlocks, voilà pourquoi Bob Marley appelait les rasta des « Natty Dread »…..Bob Marley était de la nation Congo Bongo et un antonien confirmé, Bob Marley était fier d’affirmer les racines Bakongo du rastafarisme ainsi que les origines Bakongo des dreadlocks ».

Tous ce qui précède s’exprime clairement dans la chanson précitée (Natty Dread) de Marley : « A dreadlocks Congo Bongo I……Eh children get your culture…and don’t stay there and gesture, a-ah ». « Je suis un rasta de la nation kongo…..eh enfants saisissez votre culture, ne soyez pas distraits, a-ah ». Dans ‘black man redemption’, Marley redit la même chose « woy-a, Natty Congo: A dreadlocks Congo I…..woy-a, Natty Congo….. »

 

Un témoignage récolté auprès du Pr Scholastique Diazinga(35), historienne congolaise, au cours d’une rencontre à Brazzaville, m’a confié avoir reçu Rita Marley, la veuve de Bob Marley dans les années 1981-1983, avec les restes des locks de Bob Marley. Elles se sont rendues sur les bords du Congo pour jeter ces locks dans le fleuve. Ce geste peut-il traduire les vœux du défunt pour qu’une partie de son corps se retrouve sur la terre de ses ancêtres ? Lui qui avait des origines blanches et nègres. Plusieurs personnes habitant Brazzaville m’ont également témoigné avoir suivi à la télévision congolaise la présence de Rita Marley à Brazzaville à cette époque.

 

L’utilisation de la Marijuana appelée par certains rasta dont Bob Marley avec le terme kikongo « Kaya » (l’herbe) ou tantôt « Kongo Tobacco » et même Diamba a été introduit chez les rasta par les pratiquants du Kumina. Cela est de toute façon une certitude plus que la culture de la marijuana au sein de la communauté rasta débuta au Pinnacle. Le lien entre l’utilisation de la marijuana et la tradition kongo dont est issu le kumina est solidement établi par le fait que les Tétéla, les Sakata et les Kongo recouraient au cannabis pour invoquer les ancêtres. « Les rasta utilisent le chanvre pour favoriser la transe et entrer en contact avec les esprits ». Chez les Kongo, les « kilongo » désignaient la plante sous le nom de « Kaya » que l’on retrouve chez les rastas. Dans la secte Bundu dia Kongo et d’autres dites Ngunza appeler aussi « Mananga Ma Kongo », le chanvre est utilisé pour chasser les mauvais esprits et aussi apercevoir le monde invisible. Les Luba voisins des Kongo, ont renoncés à leurs différentes idoles et fétiches en érigeant le cannabis en authentique déité. Des Lubas se définissaient comme les « Bene riamba » (les fils du chanvre).

 

L’Afrique centrale notamment, la région de l’ancien Kongo est un cordon ombilical entre la Jamaïque et l’Afrique. Le terme « Congo » en Jamaïque n’est qu’une créolisation de « Kongo ». Ce terme a été repris par plusieurs artistes du reggae comme le prouve le titre  « Roots, Natty roots, Natty Congo » de Johnny Clarke, « Dread Natty Congo » de Sister Carol, le groupe The Congos avec leur Album « Heart of the Congos » et la chanson « Congoman » sans oublié les célèbres musiciens du reggae tel Natty Congo, Daweh Congo et Cédric Congo Myton, l’une des voix les plus mystiques et spirituelles de la musique jamaïcaine. Lekumina a donné naissance au pukkumania, encore appelé mpokominya provenant du mot kikongo « mumpoko », le nom d’une plante du kongo qui a engendré une religion afro-jamaïcaine caractérisée par des rituels de guérison et aussi le pilier du grand réveil syncrétique en Jamaïque à partir de 1860.

 

Mais plus tard le kumina sera remplacé par une nouvelle fusion musicale appelée « Nyabinghi », elle-même en partie basée sur les rythmes du Kumina. À ce sujet, le musicologue et anthropologue Kenneth Bilby(36) dit : « La musique kumina est indissociable de ce que plutard les rastas vont appeler Nyabinghi. » Anand Prahlad(37) pense également que « le kumina a influencé la naissance du Nyabinghi  ». Le Nyabinghi est joué par des groupes de percussions et employé par les rastafari, principalement pour accompagner leurs chants traditionnels liturgiques. Le Nyabinghi fut au départ une société secrète dite « Youth black faith » qui deviendra l’ordre Nyabinghi, empruntant le mot à une organisation constituée en 1935 durant l’invasion italienne de l’Ethiopie, quelques années après l’apparition du mouvement rasta en Jamaïque, en tant que groupement secret pour détruire les blancs. Le « Youth Black Faith » avait 75 à 100 anciens dits « elders » ou patriarches qui furent responsables des rituels de ce cercle fermé pour la conduite spirituelle du destin des Noirs de la Jamaïque.

 

Le fondateur connu de cette secte est appelé « Congo Watu » dit Ras Boanerges avec le titre de « The most Ancient Elder ». Cette secte était constituée de plusieurs partisans de Leonard Howell. Les titres tels que « Bongo » ou « Congo » de certains Elders (Anciens), tissent les liens de la composante ethnique de cette secte liée au Kumina des Bakongo de la Jamaïque.

 

Parmi les noms des dirigeants (anciens) du Nyabinghi figurent : Congo Rock I, Bongo Time(…). Congo et Bongo sont des titres dans la religion rastafari et sa secte Nyabinghi : « Ras Congo », « Maa Congo »(…). Congo et Bongo sont des désignations honorifiques d’être africain en Jamaïque.(38) La volonté du Nyabinghi est de faire sortir les gens de l’obscurité et de les guider vers la lumière. Le terme Nyabinghi désigne une énergie qui permet de détruire la race blanche, c’est une secte anticolonialiste pour empêcher les forces impérialistes Britanniques de forcer les noirs à travailler et de lever des taxes injustifiées. Utilisant la musique comme une dimension rituelle afin de dégager la force vitale ou force de la vie dite « nyama » un mot utiliser dans plusieurs langues bantoues.

 

Les origines du Nyabinghi sont mythologiques comme l’histoire de la naissance de Rome. Nathaniel Samuel Murrell qui est un historien des religions dit que le Nyabinghi est une secte, une célébration rituel, un style de musique, une idéologie qui exprime un esprit de résistance à l’oppression, associée à une révolte contre les colons européens au sud-ouest de l’Ouganda, dans la région de Ndorwakajara à la fin des années 1800. Nyabinghi selon Murrell veut dire mort aux oppresseurs(39). Parmi les insurgés figurait une femme medium « Muhumusa » qui possédait l’esprit d’une reine légendaire Nyabinghi et ceci devint un motto.

 

Le journaliste italien Federico Philos du Jamaïca Times écrivit un article sur l’ordre « Nyabinghi » en 1935 qui stipulait que les nations africaines auraient créé une société secrète appelée « l’ordre Nyabinghi ». Cette société fut fondée par le roi du Kongo pour résister contre la colonisation et Philos ajoutât qu’un congrès ayant eu lieu à Moscou en 1930 avait octroyé les pouvoirs suprêmes à Hailé Sélassié pour être le chef de l’ordre Nyabinghi.

 

Cet article avait circulé au sein des rasta de Kingston quand Mussolini avait envahi l’Ethiopie en 1935 et en 1949, il y eu une convention rasta à Wareka Hills, sous une bannière Nyabinghi et quelques temps après, les militants du Youth Black Faith de Congo Watu se sont réappropriés le concept Nyabinghi comme un cri de bataille contre la persécution et plus tard un ordre naquit avec le nom Nyabinghi.

 

À la manière d’Hérodote qui a soustrait les éléments épiques et fabuleux des récits des logographes afin de construire une vraie histoire cohérente et vraisemblable, et vu que l’historien est l’homme des sources pour distinguer l’authentique du douteux et de plus la construction des scénarios vraisemblables est une exigence pour reconstruire la vérité.(40) Il faut d’abord remarquer que le journaliste Federico Philos n’est pas un historien mais plutôt un homme des medias qui rapporte sans critiques une information.

 

Le récit que rapporte Murrell a deux incohérences. En effet, celui-ci présente le Nyabinghi comme une secte des révolutionnaires ougandais et ensuite comme un ordre fondé par le roi du Kongo en 1930. Hors la conférence de Berlin de 1885, avait déjà mis fin à l’existence du Royaume kongo, qui a été divisé en trois régions distinctes. Le Nyabinghi ne peut pas être considéré comme une survivance religieuse des Afro jamaïcains puis qu’il n’y aucune de trace d’esclaves originaire d’Ouganda ou du Rwanda ou les origines du Nyabinghi sont souvent situés. Mais la région du Congo est citée dans ce récit de Murrell comme une zone ou cette secte a également existé et les populations Kongo sont bel et bien présentes en Jamaïque. Le fondateur de l’ordre à Kingston s’appelle Watu Congo (ras Boanerges). Le terme Nyabinghi est donc comme le personnage d’Hailé Sélassié en Jamaïque, c'est une récupération d’un fait par une population dont la situation se reconnait identique aux faits récupérés.

 

Certains rastas se proclamaient des « Nyamen ». Ce terme fait allusion à des hommes féroces et rebelles avec une énergie « Nyama » (animal) pour détruire les colons britanniques. Un parallèle peut être fait avec la résistance de la prophétesse Kimpa Vita qui a lancé des cris à mort à l’oppresseur blanc avec un syncrétisme similaire à celui du Nyabinghi, De même, la proclamation des saints noirs et d’un moïse noir dans le Nyabinghi a également existé au sein du Mouvement antonien de la prophétesse kongo Kimpa Vita.(41)

 

Enfin une autre tradition populaire des afro-jamaïcains stipulent qu’Iyah Congo est l’ordre ancien qui a précédé le Nyabinghi. Logiquement Iyah Congo a précédé le Black Youth Faith qui créera l’ordre Nyabinghi à Kingston. Taxés de sorcellerie, les anciens du Nyabinghi furent l’objet de la plus sauvage répression colonial.(42) Selon Elder Binghi répondant à une interview d’un journaliste du City Sun (Washington, DC) en juin 1988, « Nyabinghi est la seule musique indigène du rastafari ; c’est le seul ordre divin du mouvement rastafari ».

 

La musique à une dimension rituelle dans le Nyabinghi, elle dégage la force vitale comparable à la force d’un animal « Nyama » abondante « binghi ». Les tambours Nyabinghi sont joués nuits et jours lors des cérémonies qui peuvent durer de quelques heures à parfois plusieurs jours. Dans le rastafari les instruments de percussion Nyabinghi accompagnent les chants. La musique du Nyabinghi est une musique profondément organique. Elle suit la pulsation cardiaque comme son originel primordial qui perpétue l’enracinement ombilical avec la Terre-Mère. Les tambours communiquent l’univers intérieur, la force spirituelle. Le « Heartbeat » ou battement du cœur fait la musique du Nyabinghi. En jouant le battement du cœur, on récite simultanément des chants religieux. Les battements du cœur se jouent avec des tambours burrus originaires de Clarendon chez les Marroons et c’est à la fin des années 1930 que les burrus ont fusionné avec les rastas. Les burru sont généralement attachés aux traditions ashantis du Ghana et baoulé de Côte d’ivoire.

 

La musique du Nyabinghi est une musique profondément organique, qui suit la pulsation cardiaque comme son originel primordial ; elle perpétue l’enracinement ombilical avec la terre-mère. Le « bass drum » est la fondation qui soutient l’ensemble. Le fundeh, celui qui fait « bop bop », reproduit les battements du cœur d’un homme. Le repeater enfin agit comme le sang qui part du cœur pour se diffuser dans les différentes veines et organes vitaux, dans tout le corps. Jouer les percussions c’est jouer avec les battements de son cœur. Bob Marley disait « écoute le One drop et tu auras le temps de bouger ». Le One Drop est le battement du cœur du reggae. Outre la secte Nyabinghi, il existe plusieurs autres groupes sectaires parmi lesquelles : Covenant Rastafari, Messianic Dread, Sellassian Church, Bobo Ashanti ou Bobo Dread dit mouvement Emmanuelite qui sera créée après la Convention Rasta de 1958 par Prince Emmanuel, la secte des douze tributs d’Israël, liée à l’astrologie avec une orientation chrétienne. Elle a été fondée en 1968 par Vernon Carrington, alias prophète Gad. Les douze tributs d’Israël est la plus grande de toutes les congrégations rastafari.

   

III. De la naissance et de la croissance du reggae

 

Il existe à peu près cinq définitions du terme reggae qui pour la plupart se rapportent à une individualité désœuvrée et opprimée dans la société. D’une manière objective, le reggae doit être perçu comme étant la musique des paysans désemparés qui ont constitué le mouvement dit Rastafarianisme afin de véhiculer leur idéologie. Pour Bunny Lee, l’un des plus influents producteurs jamaïcains dans le film « Get up, Stand up », le mot reggae viendrait du mot « Streggae » qui désigne une personne mal habillé. D’autres par contre pensent que Reggae vient du mot anglais « Ragga Muffin » un va-nu-pied. Une troisième tendance situe l’origine du mot reggae au mot anglais « Regular guy, Regular people » homme de la rue. Une quatrième tendance situe l’origine du mot reggae au morceau de Frederick « Toots » Hibbert de 1967 intitulé « Do the Reggay ». Il serait une synthèse de Regular Guy. Enfin la dernière définition du mot reggae fait une référence à la violence ou au conflit : « regerege » en patois jamaïcain.

 

Mais il serait plus raisonnable d’aborder « regerege » comme un synonyme de révolte. Rege Rege était utilisé pour désigner le style de musique qui s’était développée en Jamaïque au moment de l’émergence de ce qui deviendra le reggae. Elle indiquerait donc une révolte d’une population contre sa damnation dans la spirale de l’esclavage. Il est certain que le terme reggae est utilisé pour la première fois dans la chanson « Do the Reggae » écrite en 1967 par Toots, leader du groupe « The Maytals », le reggae une fois de plus est un moyen d’expression de la population noire et des ghettos de Kingston, comme continuation des chants des partisans de Leonard Howell. C’est un genre musical qui est dès son origine porteur d’un message politique et religieux qu’est le rastafarisme.

 

Le reggae est caractérisé principalement par trois éléments. Premièrement par  l’importance accrue de la batterie, dont le rythme syncopé est essentiel. Ensuite son aspect ondulant et progressif, fera que le reggae sera rapidement considéré comme une musique hypnotique, avec l’imagerie afférente aux substances illicites (Marijuana…). Depuis ses premiers morceaux, les chansons du reggae sont allées en croisade ou mieux à l’assaut des préjugés du monde esclavagiste et colonial, qui est Babylone (l’occident).

 

Le reggae va être le résultat d’une macération de plusieurs ingrédients, comme un arbre qui surgit et prend corps à partir de l’apport de plusieurs racines dont une principale et génératrice majeure. Le reggae nait et croit en plusieurs phases.

 

Durant la première phase qui peut être appelée comme la phase embryonnaire, elle est une musique des partisans du premier rasta (Leonard Percival Howell) juste à l’époque qui suivit le couronnement de Hailé Sélassié en Éthiopie sans pour autant s’appeler reggae mais sera dans sa ligne directrice, s’était une musique africaine tambourinée et syncrétique, basée sur la possession et la communication avec les esprits des ancêtres, avec des percussions cylindriques « NGoma ». Cela se passe au Pinnacle en 1939. C’était donc la musique du Pinnacle, la première communauté rasta, cette musique ne s’appellera pas encore reggae, mais s’était des chants rastafariens et nous sommes dans la décennie qui va de 1930 à 1940.

 

Ensuite cette musique bascule dans sa deuxième phase où elle subit l’influence de plusieurs musiques présentes en Jamaïque, d’abord avec la soul music, le rythme and blues américain entre 1945 et 1950.

 

Dans la troisième phase il y a l’incorporation de la musique de Count Ossie (Oswald Williams 1926-1976) des années 1950, il s’était inspiré de la musique des anciens Burru qui frappaient sur des tambours au rythme de leur cœur. Au niveau de cette phase on parle d’une fusion des tambours du Kumina de tradition kongo et les tambours Burrus de tradition ashanti. Count Ossie avait créé en 1947 le groupe Mystic Revelation of Rastafari en ajoutant quelques flutes, l’orgue de l’église, les vocalises du Gospel, le balancement du calypso ainsi que quelques idées empruntées au jazz américain, il avait ouvert un camp rasta à l’est de Kingston, « la communauté de Rennock Lodge O », où venaient jouer des centaines de musiciens de la Jamaïque. À la fin des années 1950 il y a l’apport du ska qui s’est développé du R’n B, jazz, du Mento et du calypso. Le reggae partagera beaucoup de caractéristiques avec le ska, notamment le walkingbass line avec guitare et le piano off-beats.

 

Dans la quatrième phase nous avons la rencontre avec le rock steady au milieu des années 1960 et enfin toutes ces rencontres vont aboutir au reggae classique avec Bob Marley et Burning Spear à partir de 1968-1969. La quatrième phase se déroule à Trench Town que l’on présente généralement comme étant le berceau du reggae « classique ». Trench Town est un des quartiers sud de la ville de Kingston, qui avait reçu plusieurs jamaïcains venus de la campagne à la capitale pour chercher du travail ainsi que des habitants des ghettos de Back-O-Wall détruit par la police et qui furent pour la pluparts des anciens du Pinnacle arrivés au Back-O-Wall.

 

L’extrême pauvreté des habitants de ce quartier ainsi que de son insalubrité dans les années 1960, vont être le terreau d’une grande activité musicale et de l’éclosion de nombreux musicien de talent. Trench Town était le « Hollywood jamaïcain » que l’on présente comme étant la gâchette du reggae car c’est de la que cette musique connait son éclosion spectaculaire et c’est de là qu’il devient à proprement parlé « reggae ».

 

Trench Town est le lieu de naissance de nombreux artistes du reggae ou le lieu d’évolution de plusieurs de ses artistes (Peter Tosch, Burning Spear, Bunnywailer, Bob Marley, etc.).(43) La force de la musique de Bob Marley vient de l’expérience de Trench Town, on dit exagérément que « le reggae est née à Trench Town en 1968 ».

 

On remarque donc qu’au cours du cheminement de ce qui deviendra le reggae, un métissage multiple qui va des chants religieux baptiste et africains aux  musiques  américaines en vogue sur l’ile de la Jamaïque. La présence des troupes américaines à la Jamaïque, pendant et après la seconde guerre mondiale laissa sur la population des traces de leurs musiques, notamment par la formation des big bands de jazz et aussi par un fort engouement pour le Rythm and Blues et la naissance du ska. Plusieurs observateurs affirment que la métamorphose du ska donnera naissance au Reggae.

 

Mais il y a plus de sens de penser plutôt que le reggae qui préexiste au ska sur l’ile a repris après évolution dans sa troisième phase, l’invention des figures rythmiques du Rhythm’n’Blues, mais sur un temps plus lent et des structures rythmiques plus élaborées : la guitare marque tous les contrecoups par une croche ou deux doubles croches. On a même pensé que le reggae n’est pas une marque caractéristique des croyances rasta. Mais si on regarde la qualité des productions de cette musique, il n’y aura pas de doute que le reggae est le véhicule du mouvement rastafarisme. Malgré son métissage, le reggae a été dominée par les chantres du rastafarisme avec comme porte étendard Bob Marley qui disait que « la musique est religion et la religion est musique », ceci est confirmé par le premier morceau officiellement enregistré du reggae des rasta, qui s’intitulera « Selassie is the Chapel » (1968) avec des tambours dans un style africain.

 

De l’apparition du terme Reggae avec Fréderic Hibbert, on peut parler du « Early Reggae ou enfance du Reggae » après sa période embryonnaire débuter avec les premiers rasta en 1930. L’enfance du reggae dit « Early reggae » va de 1969 à 1974, tout en soulignant que la forme définitive a découlé en droite ligne du ska et du rock steady plus lent que ce dernier. Cependant, il gagne en souplesse et en vigueur, le reggae adopta un rythme saccadé (grâce à une batterie syncopée) accordant une place de choix à la basse, mettant l’accent, via la cymbale, sur le quatrième temps de la mesure.

 

Ensuite le Roots Reggae apparaitra de 1975 à 1983. La mort de Bob Marley en 1981 fera naitre un sous-groupe « Le Dub » aussi appelé « dance hall » ou « le ragga » dont le pionnier est Lee Perry qui a fait une synthèse d’instrumentaux et d’improvisations vocales, une palette technique et d’expérimentations sonores : collages, reverb, scratch (hip hop), superposition de rythmes. Les différents styles du reggae ont changés à travers les années, mais les traditions et les intentions n’ont pas changé, amenant Horace. G Campbell à définir le reggae comme « la musique qui symbolise le mieux la lutte anticoloniale, la résistance des esclaves durant la traite négrière »(44)

 

Dans « Here comes the Judges », Burning Spear dit d’ailleurs que « le reggae est une force de résistance contre le colonialisme dans le tiers monde ». Jeffrey M. Harder(45), a parlé des similitudes entre Peter Tosh et Malcolm X le défenseur des droits des Noirs américains ayant mis en accusation les États-Unis pour ses crimes et sa ségrégation sociale. Tosh et Malcolm X se sont battus pour que la gloire de chaque individu brille. Tosh à travers ses chansons et Malcolm X à travers ses discours, ils ont exprimé un désaveu contre les préjugés de Babylon sur les Noirs, qu’ils exploitent depuis des siècles de capitalisme et impérialisme. Peter Tosh et Malcolm X ont étés les soldats de la justice ayant prêché que la race noire a trop souffert.(46)

  

IV. CONCLUSION

 

Le Reggae est né au Pinnacle à l’Est de la Jamaïque où elle a été dans un état embryonnaire à partir de la musique tambourinée du kumina, la religion des afro descendants kongo concentrés à l’est de la Jamaïque, qui furent le nucléon du mouvement rastafari né avant le reggae et dont le reggae ne sera que le véhicule qui évoluera avec l’apport d’autres musiques régnantes en Jamaïque. C’est à Trench Town que le reggae connaitra sa floraison et son éclosion à travers le personnage de BobMarley. Mais le lien avec la case départ du Kumina demeurera jusqu'à ce jour. Dans l’ouvrage collectif sous la direction de l’anthropologue haïtien Laennec Hurbon(47), il nous est rappeler que « le Reggae a repris les éléments musicaux et instruments en provenance du Kumina : Tambour, grattoirs, rythme, système de répétitions et d’improvisation qui font retrouver le langage des ancêtres ».

 

Le substrat du rastafarisme n’est pas dans le judaïsme, mais dans la tradition africaine du Kumina. La culture rastafari a un lien très fort avec Hailé Sélassié, un descendant du roi Salomon. C’est à ce niveau que se trouve le lien entre rasta et Judaïsme. Le rastafarisme à syncrétisme plusieurs courants religieux préexistants. Le reggae représente une conscience éternelle et une culture de résistance, la force motrice de l’expression de la conscience noire marquée par les stigmates de la traite négrière et de la colonisation, offrant une tribune unique dans les circuits de diffusion de masse.

 

Le reggae a sorti le rastafarisme dans les ghettos, l’amenant jusqu’à l’officialisation en tant que religion. Le mouvement rastafari est un mouvement politique, même s’il se déclare apolitique. C’est une dynamique anticapitaliste, anti-impérialiste, socialiste et marxiste, défiant tout le monde occidental et cherchant à renverser la suprématie blanche sur les Noirs. Anand Prahlad(48) disait « Le Reggae est une force politique et spirituelle… Le Reggae est la musique la plus militante du XXe siècle ». Les musiciens du reggae sont des témoins vivants de la mémoire populaire, des révoltes contemporaines et des espoirs de changement. L’histoire du reggae est parallèle à la résistance d’Amilcar Cabral qui a combattu pour la liberté de l’Afrique par la résistance culturelle dans le processus de la lutte armée contre le colonialisme portugais. Il disait « la valeur de la culture en tant que élément de résistance à la domination étrangère repose dans le fait que la culture est la manifestation rigoureuse du plan idéologique de la réalité physique et historique de la société qui est dominée ».

 

Le Reggae s’est propagé dans le monde pendant plus de 50 ans, comme une force puissante de dialogue opposé aux préjugés raciaux. Les rastas sont les portes paroles du tiers monde et de toutes les minorités. Les étudiants chinois ont utilisés la chanson des Wailers « Get up Stand up » en tant que chant de marche, sur la place Tiananmen en 1989. Durant la guerre civile du Nicaragua, la musique de Bob Marley était populaire tant chez les « Contras » que chez les « sandinistes ». Les chansons de Bob Marley furent adoptées par les guérilleros du front patriotique de Rhodésie (Zimbabwe).

 

Le 18 avril 1980 Bob Marley et Robert Mugabe ont célébré avec la musique du reggae, l’indépendance de la dernière colonie européenne d’Afrique, avec la chanson « Zimbabwe ». Bob avait été accueilli comme un prophète à l’occasion de l’indépendance du Zimbabwe. Le reggae a contribué à la fin de la guerre civile en Jamaïque avec le « One love peace » concert du 22 avril 1978 au stade de Kingston où Bob Marley joignit les mains de Michael Manley et Edward Seaga deux opposants politiques. Bob Marley lors d’une interview disait « Le Reggae amène l’esprit rasta aux gens » l’esprit qui a donné naissance à la résistance contre les préjugés sur la race noire. Les rastas ne sont pas des artistes drogués auxquels il ne faudrait pas daigner consacrer une étude approfondie, il y a un sens caché dans leurs chansons. Ainsi donc, le Reggae est comme une prédication biblique « il y a plein de choses que tu entends mais que tu ne peux pas comprendre. Pourtant tu les entends et tu les ressens. Il faut s’en imprégner et donc continuer à écouter….le Reggae est comme l’air que nous respirons, il est invisible pourtant, il existe puisqu’on s’en nourrit ».

 

Peter Tosh dans la chanson « Arise Black man » (Album de « Can’t blame the youth » 2004), demande à la race noire de « lever la tête, que le roi de la Gloire va arriver, que nous avons été oppressés trop longtemps, ou que vous soyez, hommes noirs levez-vous »,

 

Un jour avant son assassinat, le 03 avril 1968 à Memphis dans le Tennessee (États Unis d’Amériques) devant un auditoire composé essentiellement d’Africains Américains tel Moïse observant le Mont Horeb, dans le « Mason Temple » (Église de Dieu en Christ Inc., Siege mondial) Martin Luther King a fait son discours prophétique « I’ve been to the Mountain top » (« J’ai été au sommet de la montagne »). Il a dit : « Je veux juste accomplir la volonté de Dieu. Et il m’a autorisé à grimper sur la montagne ! Et j’ai regardé autour de moi, et j’ai vu la terre promise. Je n’irai peut être pas là-bas avec vous. Mais je veux que vous sachiez ce soir, que nous, comme peuple, atteindrons la terre promise… ». Une allégorie qui doit être traduite comme l’atteinte de la liberté effective de la race noire.

 

Plus de 52 ans après sa naissance, le reggae est aujourd’hui chanté dans des pays où la culture est aux antipodes de celle des anciens esclaves Africains de la Jamaïque. Au Japon avec Hun Kun, le marocain Momo Cat installé en Finlande se laisse aller dans des envolés vocales arabisantes. Jah Division en Russie, le groupe chinois Long Shendao. Le reggae a été à l’origine des débuts de la musique disco et pop. C’est le mixage (dubbing) utilisé dans le reggae qui a conduit au hip hop et au rap à New York. Le reggae a influencé différentes branches des musiques électroniques apparues dans les années 1980 et consacrées lors de la décennie suivante (House, Techno, Jungle). Tous ces genres s’enracinent dans des trouvailles rythmiques et des effets sonores expérimentés par les DJ jamaïcains.

 

 

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Entretiens

 

 

STEWART, Diane M

Entretien avec le Professeur Diane M Stewart, Département des études des Religions de l’Emory University, Atlanta, Géorgie (Etats unis d’Amériques) par poste électronique, le 03 juin 2015

 

LUMWAMU, François,

Entretien avec le Professeur François Lumwamu, Docteur d’Etat en Linguistique, ancien chef du département de Linguistique et ancien Recteur de l’Université Marien Ngouabi de Brazzaville(Congo)

 

DIAZINGA, Scholastique,

Entretien avec le Professeur Scholastique Diazinga, Professeur Titulaire d’histoire et directrice de la coopération de l’Université Marien Ngouabi de Brazzaville (Congo)

 

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Notes


[1] RODNEY, Walter, (1986), Et l’Europe sous-développement l’Afrique : Analyse historique et politique du sous-développement, Traduit par Catherine Belvaude, Paris, Édition caribéenne.

[2] NDIAYE, Tidiane, (2008), Le génocide voilé, Paris, Gallimard.

[3] WILSON, Amber, (2004), Jamaica: the Culture, New York, Crabtree Publishing Company, p. 8

[4] GORDON, Shirley C, (1998), Our cause for his Glory: Chritianisation and Emancipation in Jamaica, Kingston, The Press University of the West Indies.

[5] CHEVANNES, Barry, (1994), Rastafari : Roots and Ideology, Syracuse University Press.

[6] LEE, Helen, (1999), Le Premier rasta, Paris, Flammarion.

[7] CAMPBELL, Horace G., (1987), Rasta and resistance: from Marcus Garvey to Walter Rodney, Trenton, New Jersey, Africa World Press.

[8] RODNEY, Walter, (1969), The Groundings with my Brothers, Londres, The Bogle Louverture Publications;

[9] WEBB, James Morris, (2001), The Black man, The Father of civilization, Proven by biblical History, Chicago, Reedition Magribine Press,

[10] LEE, Helen, (1990), Le premier rasta, Paris, Flammarion.

[11] COURTWRIGHT, David, (2001), Forces of Habit: Drugs and the Making of Modern World, Massachusetts, Harvard University Press.

[12] DUNHILL, Alfred, (1924), The pipe book, Londres, A &C Black.

[13] Entretien avec Diane M Stewart par poste électronique, le 03 juin 2015

[14] BONACCI, Giulia, (2010), Exodus : l’histoire du retour des rastafariens en Éthiopie, Paris, L’Harmattan, p. 580.

[15] LAMAN, Karl, (1962), The Kongo III, Uppsala, Studia ethnographica upsaliensia, p. 207.

[16] STEWART, Diane M., (2005), Three Eyes For the journey: African Dimensions of the Jamaican religious, Oxford, Oxford University Press, p. 156.

[17] Entretien avec le Professeur François Lumwamu, Docteur en Linguistique, le 18 mai 2015 à Brazzaville

[18] VAN WING, Joseph, (1959), Études Bakongo, Bruxelles, Desclée de Brouwer; 2ème édition, p. 11. 

[19] PRAHLAD, Sw. Ahnand, (2001), Reggae Wisdom: Proverbs in Jamaican music,; Jackson (MI), University press of Mississippi, p. 26.

[20] STEWART, Diane M., Ibid, P146

[21]HEYWOOD, Linda, (2000), Central Africans and cultural transformations in American Diaspora, Cambridge, Cambridge University Press.

[22] BILBY, Kenneth M., (1983), Kumina: A Kongo base tradition in the new world, Asdoc Studies, CEDAF

[23] KERR, Madeline,(1963), Personality and conflict in Jamaica, Londres, Edition Collins

[24] STEWART, Diane M., Ibid, p. 147.

[25] STEWART, Diane M., Ibid; p. 145.

[26]Diane.M. Stewart; Ibid; Pp 147 

[27] CASSIDY, Frederic Gomes and LE PAGE, Robert Brockle, (2002), A dictionary of Jamaican English, Kingston, University of the West Indies Press, p. 11.

[28] LEVIN, Olive, (2000), Rock it come Over: The Folk Music of Jamaica; Kingston, University of the West Indies Press, pp. 250-257.

[29] Anand Prahlad, ibid; p. 26

[30] BARNETT, Michael,(2012), Rastafari in the New millennium, New York, Syracuse University Press, p. 265-266

[31] SCHULER, Monika, (January 24; 2000), Liberated central Africans in nineteenth century Guyana, York University, Harriet Tubman Seminar, p. 22.

[32] REYNOLDS, Jabari Ras Dennis, (2006), Jabari : Authentic Jamaican Dictionary of the Jamic Language: Featuring : Jamaican Patwa and Rasta Iyaric Pronunciations and Definitions, Around the Way Books; Bilingual edition, p. 11.

[33]SWARTENBROECKX, Pierre, (1973), Dictionnaire Kikongo et Kituba-Français, série III ; Vol 2, Bandundu, Centre d’études ethnologiques Bandundu (République du Zaïre), Publications, p. 324 ;

[34] Fongot Kini-Yen Kinni, (2015), Pan-Africanism: Political philosophy and socio-economic Anthropology for African liberation and governance: Caribbean and African American contributions, Volume one, Bamenda, Langaa RPCIG, p. 859.

[35] Entretien avec le Professeur Scholastique Diazinga, le 17 avril 2015 à Brazzaville (Congo)

[36] MURRELL, Nathaniel Samuel, (1998), Chanting down Babylon  The rastafari Reader, Philadelphia, Temple University Press, p. 227 .

[37] Anand Prahlad; ibid.; Pp 26

[38] PRICE, Charles, (2009), Becoming Rasta: origins of rastafari identity in Jamaica, New York, New York University Press, p.  XVI.

[39] MURELL, Nathaniel Samuel, (2010), Afro-Caribbean Religions: An Introduction to Their Historical, Cultural & Sacred Traditions, Philadelphia, Temple University Press, p 305.

[40] BONNAUD, Robert, (1989), Le système de l’histoire, Paris, Fayard, pp. 16-17

[41] THORNTON, John K., (1998), The Kongolese Saint Anthony: Dona Beatriz Kimpa Vita and the Antonian Movement, 1984-1706, Cambridge, Cambridge University Press.

[42]LUTANIE, Boris, (Décembre 2000), « Histoire du mouvement Nyabinghi », Ragga, n° 14, pp. 29-39.

[43] LEE, Helen, (2004), Voir Trench Town et mourir : les années Bob Marley, Paris, Flammarion.

[44] CAMPBELL, Horace, (1987), Rasta and resistance: From Marcus Garvey to Walter Rodney, Trenton, New Jersey, Africa Research & Publications,

[45] HARDER, Jeffrey M., (1998), Decent, Upright, Honorary, Citizen: A comparison between Peter Tosh and Malcolm X, Rhetoric of reggae, University of Vermont, The Dread Library,

[46] SHERIDAN, Maureen, (1987), “Peter Tosh: The last words and violent Death of a Reggae Hero”, IN: Musician, N°110, December 1987.

[47] LAENNEC, Hurbon, (2000), Le phénomène Religieux Dans la Caraïbe : Guadeloupe, Martinique, Guyane, Haïti, Paris, Karthala, p. 338.

[48]Prahlad Anand (2001), op.cit. 

 

 
  

 

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