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Jean-Jérôme OSSEBI


 
 

Le Congo du XXIe siècle

Évry, CesbcPresses, Juillet 2016, 244 pages, Collection ThèmA,

Format 14 x 21,5 cm

ISBN : 979-10-90372-20-7


 

Introduction

 

Le XXIème siècle appartient à la race noire ! L’Afrique, blessée par la traite négrière, saignée par le colonialisme et humiliée par le néocolonialisme rêve de revenir dans le concert des nations. Simple fournisseuse de matières premières et marché d’écoulement des rebuts des pays industrialisés ; sans voix dans les grands sommets internationaux, l’Afrique n’est pour les idéologues dominants qu’une terre de malheur, qu’un foyer des guerres, incapable par elle- même. « Les arts circulent entre les peuples comme le sang dans le corps humain » (B. Mouraief, 1963).

La Grèce, mère de l’Europe et de sa fille l’Amérique blanche, est au bord de l’effondrement, la péninsule ibérique panique ; l’Italie tremble tandis que la France et l’Allemagne tentent malgré elles de tenir le bateau européen alors qu’elles ne sont plus en réalité que les héritières d’Adenauer et de De Gaulle. Les Américains, harassés par des guerres coûteuses et sans fin, demandent aux Chinois d’aller au secours des Européens. C’est peut- être la fin de la domination occidentale, au-delà de ses moyens de destruction inimaginables. Car l’Occident n’accepte pas le transbordement de la conduite des affaires du monde et est prêt à l’éviter par tous les moyens et quel que soit le prix. L’histoire récente de l’Afrique le démontre suffisamment.

Le flambeau de rayonnement des peuples se transmet lentement et inévitablement d’un peuple à un autre sur terre. La Nubie et l’Égypte pharaonique le transmirent à la Grèce qui le céda à la Rome antique. Celle-ci éclata pour être supplantée par l’Europe médiévale puis vint la grande industrie qui consacra l’apogée de l’Europe. Avec les deux guerres mondiales qui ont ébranlé l’Europe, les empires coloniaux ayant disparu, l’Europe s’est vue devancée par les États-Unis d’Amérique et l’Union soviétique qui elle- même a éclaté après l’effondrement du mur de Berlin.

Dans ces conditions, toute l’humanité a les yeux tournés vers l’Afrique, sans pourtant le reconnaître ouvertement. Détentrice du deuxième bassin hydrographique du monde, une grande réserve forestière constituant un grand poumon mondial contre le réchauffement climatique, bénéficiant d’une grande population active parce que jeune et ayant un sous-sol très riche en matières premières, l’Afrique est l’objet de convoitises ; ce qui explique les remous et soubresauts dont elle est l’objet.

L’équation actuelle à résoudre en Afrique est celle de marier le développement à la démocratie alors qu’en Occident l’industrie naissante du XIXème siècle a réduit l’homme à l’état de bête de somme, tandis que l’accumulation primitive qui lui a donné naissance était l’œuvre des tyrannies qui ont causé la fuite des occidentaux et des orientaux vers les terres d’Amérique. The Statue of liberty disant au revoir à la vieille Europe en est une illustration. C’est aussi réussir la construction d’une société de liberté et de progrès dans un environnement où le poids et la mainmise des anciennes puissances coloniales appuyées par les multinationales sont omniprésents. Pour les pays de l’ex empire colonial français, le grand cri de De Gaulle « l’indépendance, ceux qui la veulent, qu’ils la prennent aussitôt » n’était que trompeur. Un demi-siècle plus tard, les signes de la domination française sont pittoresques : de la monnaie à la Francophonie et du pétrole à l’intervention « humanitaire », en cas de conflit post électoral, l’Élysée et le Quai d’Orsay ont sorti les pieds pour garder la tête en Afrique. Ce discours lui avait été conseillé par Jacques Foccart qui à son oreille disait : « Allons vite, Mon Général, allons vite pour y rester ». Les propos de Barthélemy BOGANDA résonneront toujours dans les oreilles de ceux qui osent réfléchir à l’avenir de l’Afrique : « Parlez, Mon Général, parlez sans équivoque… » Mais l’Afrique, même à genoux, progresse et rassure ceux qui croient à elle, comme Nkrumah et Lumumba.

Le Congo, lui, se donne pour rendez-vous en l’an 2025 : l’émergence, c'est-à-dire l’apparition sociale, politique et économique du Congo sur l’arène internationale, apparaître comme une nouvelle puissance au milieu des grandes nations modernes qui se disent développées. Or, le développement est « la transformation des structures mentales et institutionnelles en vue d’une croissance auto- entretenue » (F. Perroux, 1981).

À l’aube de l’indépendance et particulièrement après l’insurrection populaire des treize, quatorze et quinze août 1963, les gouvernants engagèrent le pays dans un processus d’industrialisation. Çà et là, du nord au sud furent créées directement ou par nationalisation des industries de transformation. Ce qui fit rêver aux « lendemains qui chantent », leitmotiv de la révolution. Mais avec l’apparition de l’exploitation pétrolière au large de Pointe-Noire, le Congo s’est enlisé dans une nonchalance, reléguant son économie naturelle au dernier plan au profit de l’or noir. Cette situation de « cueillette et ramassage modernes », dominant entièrement l’économie congolaise, a accru sa dépendance vis-à-vis des multinationales et de « Ces Messieurs Afrique » (A. GLASER et S. SMITH, 1992), lobbies visibles et invisibles qui désormais vont décider de la trame de la destinée du Congo.

Aussi, de par sa position historique de capitale de l’Afrique Équatoriale française (AEF), appuyée par la construction du chemin de fer Congo-Océan, entre 1921 et 1934, faisant de lui un pays de transit en Afrique centrale, le Congo est devenu l’un des quartiers latins en Afrique. Le centre d’enseignement supérieur de Brazzaville (CESB), puis l’université de Brazzaville firent du Congo une terre de rêves pour la jeunesse africaine. Mais le Congo a perdu ce prestige au point où sa jeunesse désemparée est aujourd’hui essaimée à travers le monde, à la recherche des temples du savoir, un constat qui illustre le recul du pays.

Cette situation interpelle avant tout les élites politiques, parce qu’elles sont les seules à avoir la décision réelle de conduire les destinées du pays. Car : « Pour faire de grandes choses, il faut de grands Hommes. Ceux-ci le sont pour l’avoir voulu » (Ch. de Gaulle, 1956 ; 1959). Le rayonnement des nations est intimement lié au sens que leur auront donné les hommes qui, à un moment de l’histoire, ont eu la charge de les diriger. Or, au Congo comme « Dans l’Afrique indépendante, si on excepte Senghor, Alpha Oumar Konaré et cet étonnant Mandela, mue par une cupidité effrayante et une soif de pouvoir presque morbide, l’élite s’est fourvoyée, baptisant républiques des régimes politiques gérés comme des bateaux ivres, à la merci de la furie des flots de haute mer » (D. Ngoie-Ngalla, 2011).

La société civile, gardienne de la liberté de conscience est plus qu’interpellée, car c’est elle qui réellement porte le flambeau de l’invincibilité et de l’éternité des civilisations. Or, sous nos cieux, la société civile ou être « intellectuel » n’est juste que l’antichambre pour arriver à la politique. La liberté de pensée, de conscience et la défense des idées n’est qu’une question de positionnement, selon qu’on a le gâteau à la bouche ou pas. On tient le discours de sa condition.

Le peuple congolais, avec ses rêves brisés, ses espoirs déçus et ses attentes envolées, harassé par les promesses toujours à l’horizon ne croit plus. Il se laisse à l’abandon, à la merci des turpitudes, de la ruse et de la cruauté de ceux à qui il a délégué sa destinée. Et pourtant son erreur est de croire que ce sont les politiques qui doivent faire à sa place. La démocratie serait pour lui un plat cuisiné et servi à sa table par la classe politique. Alors que c’est réellement son pouvoir. Les gouvernants ne sont que son émanation. C’est lui qui seul désigne et sanctionne ses représentants.

Aussi, au- delà des déchirures, des guerres fratricides qui ont beaucoup retardé leur pays, les congolais ont foi en l’avenir et pensent qu’ils pourront surmonter les défis auxquels celui -ci est confronté. Mais ils doivent accepter d’en payer le prix, la loi du progrès étant le sacrifice. Car du nord au sud et de l’est à l’ouest, ils ont adhéré, en 1965, à la devise de la femme congolaise selon laquelle : « Seule la lutte libère » La question à poser dans de telles circonstances, comme se l’étaient posée avant nous d’autres hommes d’actions est : que faire, face à l’impasse ? Mais nous, nous sommes des égarés dans la forêt dense, et en tant que tels, nous avons besoin d’un éclaireur ; d’un connaisseur de piste pour nous ramener au village et réfléchir sur les moyens de parvenir à la terre promise. Et l’éclaireur, cherchera les repères, les stigmates laissés par ceux qui ont conduit la troupe avant l’égarement. Pour le Congo, les repères connus, les années en rose, celles de la noblesse et de la grandeur sont les années 1960 et 1970. En retrouvant le chemin, les acquis, donc les fondations sur lesquelles reposait l’édifice Congo, nous pouvons envisager l’avenir avec sérénité, car « quand on ne sait pas où l’on va, on risque de se retrouver ailleurs ». Et avec Guy Menga, dans sa pièce de théâtre à succès La marmite de Koka Mbala : « qui a perdu son chemin doit repartir à la bifurcation ».

Et cela permettra de retrouver le Congo des années 1960 et 1970, avec ses rêves et ses espoirs qui ont attiré vers nous tant d’étrangers parce que terre d’accomplissement de soi. Revenir sur nos pas, c’est naître de nouveau ; c’est-à-dire la renaissance, celle que les congolais attendent tant pour affronter les autres peuples dans ce monde où les barrières tombent comme des châteaux de cartes.

 

 

 

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